venerdì 19 febbraio 2016

Lettre pour la candidature au Prix Nobel pour la littérature de Pedrag Matvejevic


Predrag Matvejevic représente la synthèse de l’Europe qui se reconnaît dans la Méditerranée et son histoire. Dans sa vie, sa famille, son œuvre littéraire et politique aux temps du rideau de fer, on retrouve toutes les ethnies, les religions, les nationalités et les cultures, qui hier comme aujourd’hui, quelqu’un voudrait transformer en raisons de conflit. Toute l’œuvre de Matvejevic, en particulier son Bréviaire Méditerranéen, fait ressortir ces différences en démontrant – comme personne ne l’a jamais fait jusqu’à présent, sauf  Braudel – qu’elles nous appartiennent, qu’elles sont en réalité une occasion d’échange, d’enrichissement, et de vie en commun.
Une caractéristique de Matvejevic est sa conception poétique qui se base sur la capacité de « sentir » et en même temps de comprendre les lieux et les populations de son Europe. Il a élaboré une théorie personnelle, la  théorie de la « géopoétique » : ce sont les lieux mêmes qui, ayant absorbé les sentiments et l’histoire de si nombreux peuples à travers les siècles, émanent un sens poétique. Ce ne sont pas les poètes à avoir créé la poésie des lieux ; ayant une sensibilité plus grande, ils se sont limités à la percevoir et à la traduire en vers en la rendant compréhensible aux autres.
L’immense modestie de Predgrag finit par cacher sa valeur. Il est vrai que la modestie est une vertu; mais quand elle est excessive, elle devient négative parce qu’elle endommage un bien.
Les évènements de ces jours rendent tragiquement actuel l’avertissement de Predrag Matvejevic : « les contradictions qui ont marqué les différentes cultures et civilisations de la Méditerranée aussi bien dans le passé que dans le présent sont immenses » et il ajoute « nous trahissons la Méditerranée par une approche qui se base sur un point de vue exclusivement euro-centrique ». Donc, dans ce contexte, la relecture du Bréviaire Méditerranéen – publié en 1987 en serbo-croate et traduit ensuite en français, italien et plusieurs langues – devient non seulement actuelle mais obligatoire pour ceux qui ont à cœur une vie pacifique et fructueuse au bord de la Méditerranée. Dans les années ’80, les yeux des européens étaient tous tournés vers l’Est. Le Sud, qui pour l’Europe correspond à la Méditerranée – la mer du voisinage – était oublié. Un voisinage, qui pour ne pas dégénérer en conflits, doit savoir prêter attention et accepter les diversités culturelles, politiques et religieuses des voisins. L’acceptation des diversités est le premier enseignement de « Méditerranée. Un nouveau bréviaire ». Mais dix ans après, au Collège de France, malgré la chute du Mur, les tragédies Balkaniques  et  l’exode des Albanais, Matvejevic répétait encore inécouté: « L’image que nous offre la Méditerranée n’est pas du tout rassurante » et invitait à connaître et mettre en valeur « modes de vie communs ou approchables malgré les scissions et les conflits ».
Un seul livre peut-il être suffisant pour poser la candidature de l’auteur au Prix Nobel ? Nous pensons que oui.
Mais si une seule œuvre n’est pas suffisante, alors nous ajoutons la valeur littéraire, culturelle, anthropologique et historiques de tous ses livres, dont nous mentionnons entre autres : «Epistolaire de l’autre Europe», «Le Monde Ex : confessions», «Entre asile et exile». Ces titres sont déjà suffisants pour montrer la tension morale de Matvejevic destinée à la compréhension des diversités culturelles. Pour conclure on ne peut pas négliger «Notre Pain», véritable manifeste de l’aliment le plus nécessaire et sacré de l’homme - le pain - commun à toutes les peuples méditerranéens.
Pour ces raisons nous posons la candidature au prix Nobel pour la Littérature de Predrag Matvejevic, né à Mostar et grandi au bord de la Méditerranée, qu’il a su décrire si bien en observant avec grande sensibilité les civilisations établies sur les trois continents qui l’entourent.

J’approuve et je partage le contenu de la lettre posant la candidature de Predrag Matvejevic au Prix Nobel pour la littérature
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